Il y a 1 article dans votre panier.
Vidéosurveillance en copropriété : ce que le syndic peut ou ne pas faire ?
Installer des caméras dans le hall d'un immeuble, le parking souterrain ou les caves d'une copropriété n'a rien d'anodin. La démarche engage la responsabilité du syndic, touche à la vie privée des occupants et impose un cadre RGPD précis. Ce guide clarifie les règles applicables en 2026, les démarches obligatoires et les erreurs qui exposent la copropriété à des sanctions parfois lourdes.
Pourquoi installer la vidéosurveillance en copropriété
Dégradations, vols et tentatives d'intrusion
Les motifs les plus fréquents évoqués en assemblée générale relèvent du concret : dégradations répétées dans le hall, vols de vélos dans les locaux dédiés, tentatives d'intrusion dans les caves, cambriolages ciblés. Une caméra visible réduit ces incidents et fournit des preuves exploitables en cas de sinistre. Les compagnies d'assurance apprécient l'équipement et le prennent parfois en compte dans les cotisations proposées à la copropriété.
Sécurité des occupants et valeur perçue
Au-delà des incidents, la vidéosurveillance nourrit le sentiment de sécurité des occupants, particulièrement dans les résidences avec espaces communs étendus. Elle joue aussi sur la valeur perçue de l'immeuble à la revente ou à la location — un critère de plus en plus regardé par les acquéreurs urbains, à Nice, Cannes ou Monaco comme ailleurs.
Ce que dit la loi
Le vote en assemblée générale
L'installation de caméras dans les parties communes doit être votée en assemblée générale. La majorité requise est celle de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965, qui fixe la majorité des voix de tous les copropriétaires. Sans ce vote, l'installation est nulle et le syndic engage personnellement sa responsabilité.
Consultation préalable du conseil syndical
Avant de porter le sujet en AG, le conseil syndical doit être consulté. Cette étape structure le projet — choix des zones à couvrir, budget alloué, prestataire pressenti, modalités d'accès aux images. Un dossier préparé en amont augmente les chances de validation en AG et évite les objections de dernière minute qui font capoter le vote.

Ce que le syndic peut faire
Filmer les parties communes
Une fois le vote acquis, le syndic peut faire installer des caméras dans les parties communes : hall d'entrée, couloirs de distribution, ascenseur, parking souterrain, local à vélos, caves communes. L'installation privilégiera la vidéosurveillance des zones à risque plutôt qu'un maillage exhaustif de l'immeuble, qui reviendrait plus cher sans bénéfice supplémentaire.
Choisir le prestataire et gérer les accès
Le syndic sélectionne le prestataire installateur (avec mise en concurrence pour les gros projets), désigne les personnes habilitées à visionner les images — souvent le syndic professionnel lui-même et un référent du conseil syndical — et met en place une procédure d'accès en cas de besoin. Les coûts d'installation et de maintenance sont pris en charge sur les charges communes.
Ce que le syndic NE peut PAS faire
Installer sans vote AG
Un syndic ne peut jamais décider seul d'installer des caméras, même pour un motif urgent. L'installation sans vote est nulle, expose le syndic à sa responsabilité personnelle et rend les enregistrements inopposables. En cas d'incident nécessitant une action urgente, la bonne pratique reste de convoquer une AG extraordinaire, pas de contourner la procédure.
Filmer l'intérieur des logements ou les fenêtres
Aucune caméra ne peut filmer l'intérieur d'un logement, ni les fenêtres ou balcons privatifs des occupants. Il s'agirait d'une atteinte à la vie privée sanctionnée pénalement par l'article 226-1 du Code pénal. Les angles de vue doivent rester strictement limités aux parties communes, avec masquage électronique des zones sensibles si nécessaire.
Conserver au-delà de 30 jours
La CNIL fixe une durée maximale recommandée de 30 jours pour la conservation des images en copropriété. Au-delà, une justification précise devient nécessaire — procédure judiciaire en cours, par exemple. La plupart des enregistreurs sont paramétrés sur 15 à 30 jours avec écrasement automatique, ce qui résout la question en pratique.
Obligations RGPD spécifiques
Panneaux d'information visibles
Chaque entrée de l'immeuble et chaque zone filmée doit afficher un panneau visible mentionnant la présence de vidéosurveillance, le nom du responsable du traitement (le syndicat des copropriétaires), la finalité poursuivie, la durée de conservation, et les coordonnées pour exercer ses droits — DPO ou syndic selon les cas.
Registre des traitements et droits des occupants
Le syndicat des copropriétaires étant considéré comme responsable de traitement, il doit inscrire le dispositif de vidéosurveillance dans son registre des traitements. Chaque occupant, copropriétaire ou locataire, dispose d'un droit d'accès aux images le concernant. Il l'exerce par écrit auprès du syndic, qui dispose d'un mois pour répondre.

Quel équipement choisir
Les critères diffèrent d'une installation résidentielle individuelle. Résolution 4 MP minimum pour identifier des visages à cinq ou six mètres, indice IP66 pour les zones exposées comme le parking sous-sol ou l'extérieur, NVR sécurisé avec journalisation des accès, application mobile chiffrée pour la consultation distante. Un petit immeuble de 10 à 20 lots démarre entre 2000 et 5000 €, un immeuble moyen de 30 à 60 lots entre 5000 et 15000 €. Un grand ensemble monte significativement au-dessus selon les zones à couvrir.
Les questions posées sur la vidéosurveillance en copropriété
Quelle majorité faut-il en AG pour installer des caméras ?
La majorité de l'article 25 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965, soit la majorité des voix de tous les copropriétaires. Le vote doit être formalisé dans le procès-verbal avec les modalités précises — zones couvertes, budget, prestataire retenu.
Les copropriétaires peuvent-ils s'opposer à la vidéosurveillance ?
Oui, avant le vote en AG. Chaque copropriétaire peut faire entendre son opposition, argumenter et voter contre. Une fois la décision prise à la majorité requise, elle s'impose à tous. Un recours en justice reste possible dans un délai de deux mois si l'occupant estime que la décision viole des droits fondamentaux, mais reste rare en pratique.
Qui a accès aux images en copropriété ?
Uniquement les personnes habilitées nommément par le syndic — généralement le syndic professionnel lui-même ou un employé désigné, parfois un membre du conseil syndical. Aucun accès libre pour l'ensemble des copropriétaires n'est autorisé. Les forces de l'ordre peuvent y accéder sur réquisition judiciaire dans le cadre d'une enquête.
Peut-on installer une caméra dans son propre couloir privatif ?
Seulement si l'espace est strictement privatif — à l'intérieur du logement — et ne filme pas les parties communes ou les fenêtres d'autres occupants. Une caméra individuelle qui capte un couloir commun est illégale, même si elle vise à protéger votre propre porte d'entrée.
Combien coûte l'installation d'un système en copropriété ?
Un petit immeuble de 10 à 20 lots avec 3 ou 4 caméras (hall, parking, cave) démarre entre 2000 et 5000 €. Un immeuble moyen de 30 à 60 lots avec 8 à 12 caméras représente entre 5000 et 15000 €. Le budget est souvent négocié en AG avec plusieurs devis à comparer, ce qui pousse les tarifs vers le bas de la fourchette.


